Il y en a, comme ça, des moments de lassitude et de découragement où on aurait tout simplement envie de faire comme avec le lecteur DVD : passer à la plage suivante. Pour ne pas être obligée de subir ce qui va se passer, pour arriver tout de suite au moment où les gens vont enfin réagir et où la situation va changer avec des gens qui se rendent enfin compte.
Quand on lit les bouquins d'histoire, il y a des énormités qui nous font nous demander "mais enfin, comment n'ont-ils pas vu ça venir, c'était pourtant énorme !". Ils étaient volontaires et on voit ce qui en a résulté.
Alors aujourd'hui, jai pas envie de voter.
Pour la première fois depuis treize années de vote, j'ai pas envie.
Ca ne changera rien. Le tsunami électoral va arriver et ensuite tout va s'installer. Pas uniquement pernicieusement, comme avant, non. A coup de décrets pendant l'été bien sûr, comme avant, mais aussi très officiellement cette-fois et à grands coups d'endoctrinement et de bourrage de crâne médiatiques, comme pour les émeutes de banlieues (tiens, elles ont mystérieusement disparues, ces émeutes et ces voitures brûlées !).
Les produits bio vont contenir des OGM officiellement .... pas de réaction de l'opinion.
La TVA sur tous les produits va encore augmenter pour financer les boucliers et avantages fiscaux des mieux lotis ... pas de réactions.
Les augmentations de salaire vont disparaître. "T'as qu'à bosser plus, si tu veux toucher plus, faignant !" sera la réplique estampillée Elysée. "Mais je ne veux pas bosser plus, je veux juste être payée correctement pour mon travail habituel et pour payer les hausses des produits de consommation !" La même réponse sera apportée. Que répondre ?
Les classes d'écoles de nos enfants surchargées vont l'être encore plus. (l'année prochaine, il est envisageable que j'aie un CP-CE1-CE2 à 26 élèves, chanceuse que je suis car mes collègues vont débuter l'année scolaire à 30 élèves. Manque de chance, les seuils pour une ouverture de classe ont été revus à la hausse il y a peu, zut !) Pas de réponse des parents ! Ah si, j'oubliais ! Engueuler l'instit et la prendre pour un larbin prestataire de service auquel on ne doit aucun respect (on m'a lancé ça à la figure, avant-hier, tout ça parce qu'ayant des élèves souvent violents, je ne voulais pas cette année tenter le sacro-saint-traditionnel voyage de fin d'année car c'est moi qui passe une journée d'enfer à les surveiller et c'est moi qui risque le tribunal s'il y a problème. Et donc une mère d'élève m'a balancé ça à la figure en rajoutant que j'étais payée par ses impôts et que vues les suppressions de postes chez les fonctionnaires qu'il allait enfin y avoir grâce à notre Nicolas, et bien j'avais intérêt à leur obéir, aux parents et à faire ce qu'ils veulent, sinon, j'allais être éjectée !!!!!) ça donne envie de se décarcasser pour les enfants !
Les médias sont possédés en majorité par des amis de notre Président (à qui ils paient des voyages). Mais non, mais non, il n'y aura pas de censure ni de manipulation des médias (tiens, l'émission quotidienne de Ruquier est supprimée. Mais non, c'est pas parce qu'il est de gauche !)
Allez, j'arrête.
Quel courage de votre part de m'avoir lue.
Surtout si vous êtes opposées à mes idées. Dans ce cas, désolée de vous avoir fâchées avec ces détails qui me trottent dans le cerveau.
Il faut aller voter et j'ai pas envie. Pas de motivation.
J'ai l'impression de me noyer au milieu d'une mare de boue. Personne ne bouge.
Moral en berne. Tous des pourris. Bof, on le savait déjà mais là, c'est à ciel ouvert. On ne se cache même plus, c'est pour ça que ça m'inquiète encore plus cette fois-ci.
Mais pourquoi ai-je fait trois adorables enfants ? Quelle égoïste. Si j'avais su dans quel monde j'allais les catapulter...
Allez, j'aimerais faire comme dans les jeux : accélérer le temps du jeu pour que notre maison soit finie et à ce moment-là, on vend, on se retrouve de nouveau sans soucis financiers et on part vivre dans la nature, au Québec, près de la soeur de David qui a choisi une vie simple, faite de l'essentiel : les gens et des moments de vie avec les gens.
Ah, déprime, quand tu nous tiens !
Allez, faut que j'aille voter, même si ça ne sert à rien.
Même si les parents d'élèves vont nous prendre de plus en plus pour de la m..., des larbins à leur service.
Allez, je relève le nez et après avoir confié tout ça, ça va déjà mieux.
Ca fait du bien de se délester pour faire de la place aux prochains problèmes qui viendront.
L'optimisme revient. J'aime la vie. J'aime les gens, c'est dans ma nature, j'y peux rien et je préfère aimer les gens plutôt que l'argent. Et je ne veux pas vivre pour travailler mais travailler pour vivre de bons moments et voir vivre et grandir ma petite troupe.
Je vais aller dehors avec mes loupios chercher de la paille pour mon lapin et la ouitte-ouitte.
Puis je vais désherber mon par-terre. Puis voter (beurk) puis ranger mon linge et enfin, ma broderie, moment de ressourcement !
Ce soir, j'irai voir les blogs et rêver et admirer les jolies choses qui adoucissent notre quotidien.
Je n'attends aucun commentaire à cet article - coup de blues déprimant.
Mais je termine par cette merveille qui me fait aimer tant les gens :

Mon voisin d'en-face, qui a quatre-vingts ans, est venu hier soir retrouver mon mari qui bétonnait dehors, et en s'excusant de le déranger, il lui a donné ce magnifique bouquet de ses roses du jardin en lui disant qu'il fallait penser de temps en temps à "fleurir sa dame" pour que notre vie soit rose elle-aussi. Que ça m'a touché ! Je l'embrasse fort, mon gentil voisin.